Léon Lhermitte, Le Cabaret

Un pastel inédit sur le marché de l’art depuis son exposition chez Allard en 1920

Léon Augustin Lhermitte (Mont-Saint-Père, 1844 – Paris, 1925)
Le Cabaret
1916-1917
Pastel sur papier teinté
25 × 33 cm à vue (36 × 44,5 cm avec cadre)
Signé en bas à gauche : « L. Lh. »

Lieu représenté : Bourges, le café-tabac « Comptoir des Promenades », 144 rue Nationale, aujourd’hui 144 rue Édouard Vaillant, vu depuis les berges de la Voiselle, au pont Saint-Privé. L’adresse abrite toujours un bar-tabac, plus d’un siècle après.

Provenance : Allard, Paris.
Exposition : Paris, Allard, « Les pastels de Léon Lhermitte », 2-31 mars 1920, sous le titre Le Cabaret.
Bibliographie : Monique Le Pelley Fonteny, Léon Augustin Lhermitte (1844-1925). Catalogue raisonné, Paris, Cercle d’Art, 1991, n° 649, reproduit p. 271 (sous le titre Bourges ?).

État : bon état de conservation ; montage ancien sous verre, couleurs fraîches.

Description de l'oeuvre

Un soir d’été à l’entrée du vieux Bourges, depuis les berges de la Voiselle. Sur la maison d’angle, le mot TABAC peint en lettres rouges, une grande pipe pendue en enseigne, le store sous lequel se pressent les chalands : c’est le « Comptoir des Promenades », au 144 de la rue Nationale, aujourd’hui rue Édouard Vaillant, où l’on vend toujours du tabac.

Cartes postales anciennes de la rue Nationale à Bourges : le café-tabac et sa terrasse
Cartes postales anciennes de la rue Nationale à Bourges : le café-tabac et sa terrasse

Lhermitte, réfugié loin de sa maison de l’Aisne prise dans la zone de front, réalise en 1916-1917 une série de pastels de la ville. Celui-ci, exposé chez Allard en 1920, figurait au catalogue raisonné sous le titre interrogatif « Bourges ? » et comme non localisé : il réapparaît, dans son montage d’origine, et son motif est désormais identifié. Bon état de conservation, couleurs fraîches.

Elément de l'enquête

La signature abrégée

Le point de départ est la signature abrégée, « L. Lh. », tracée au pastel noir en bas à gauche. Elle conduit au catalogue raisonné de l’artiste, établi par Monique Le Pelley Fonteny en 1991. Au n° 649, sous le titre Bourges ?, figure un pastel de 1916-1917, exposé chez Allard en mars 1920 et accompagné de la mention « Localisation actuelle inconnue ». La reproduction publiée page 271 lève le doute : l’arbre à gauche, la maison à haut pignon, l’enseigne peinte au-dessus du store, la file de maisons basses vers la droite, tout se superpose, jusqu’à la signature, lisible au même emplacement sur la reproduction et sur l’œuvre.

Catalogue raisonné de l'artiste page 271

Restait le point d’interrogation du titre. Deux indices sur la façade désignaient un débit de tabac : le mot TABAC en lettres rouges et une grande pipe pendue en enseigne. Une carte postale ancienne de la rue Nationale à Bourges montre, au même angle, la même inscription, la même pipe et le même store : le café-tabac « Comptoir des Promenades », au n° 144 et une autre carte postale montre la terrasse. Or cette rue ne s’est appelée rue Nationale qu’entre 1903 et 1920, avant de devenir la rue Édouard Vaillant. Le peintre s’est placé sur la berge de la Voiselle, près du pont Saint-Privé, un soir d’été, le soleil dans le dos. Aujourd’hui encore, on vend du tabac au 144 rue Édouard Vaillant.

Le dos du montage complète le parcours : étiquette de la maison Pottier, emballeur de tableaux rue Gaillon à Paris, datée du 18 octobre 1927, et numéro de stock de marchand. Un pastel perdu de vue depuis un siècle retrouve ainsi sa place dans l’œuvre de Lhermitte, et son adresse.

Il a aussi retrouvé son titre d'original lors de son exposition chez Allard à Paris en 1920, puisqu'à l'époque un tabac débit de boisson se nommait un cabaret. On peut en déduire qu'il était présenté sous le numéro 67 avec comme titre Le Cabaret.

Catalogue de l'exposition chez Allard avec le numéro 67, Le Cabaret

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Vie de l'artiste

Léon Augustin Lhermitte (Mont-Saint-Père, 1844 – Paris, 1925) est l’un des grands peintres naturalistes de la vie rurale. Élève d’Horace Lecoq de Boisbaudran, il se fait d’abord connaître par ses fusains, puis triomphe au Salon de 1882 avec La Paye des moissonneurs, aujourd’hui au musée d’Orsay. Vincent van Gogh, qui l’admirait, le cite à de nombreuses reprises dans sa correspondance.

Membre de l’Institut en 1905, Lhermitte est aussi l’un des maîtres du pastel de son temps, technique à laquelle il reste fidèle jusque dans ses dernières années.

Détail de l'oeuvre

Détail : le haut pignon de la maison d'angle, l'inscription TABAC en lettres rouges et l'enseigne en forme de pipe
Détail : la façade du café-tabac, le store tendu et les consommateurs à l'ombre
Détail : à la terrasse du café, un homme debout tend la main à une jeune femme assise sous le store
Détail : passants traversant le carrefour en plein soleil

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